Capture d’écran 2020-11-25 à 12.09.21.png

CROISSANCE, DÉCROISSANCE OU LE SENS DES LIMITES

Croissance ou décroissance ? Plus que jamais, le débat fait rage. Aux objecteurs de la première, il y a le saccage écologique et l’accroissement des inégalités. À ceux de la seconde, il y a la menace planante d’une austérité subie. Mais si à la polarité, on préférait la nuance ? Un autre monde est possible, tout est question d’état d’esprit.

La croissance est-elle morte ? En tout cas, elle se trouve dans une sacrée impasse. Certes, elle aura connu de beaux jours. Après tout, croître, n’est-ce pas naturel ? Chaque organisme croît avant d’atteindre un stade de maturité. La maturité, voilà ce qui nous a peut-être manqué. Croître, oui, mais dans la limite du raisonnable ; et la limite, nous nous la prenons aujourd’hui de plein fouet. Non seulement la croissance n’est plus synonyme de progrès ou de mieux vivre, mais pire, elle nous met face à d’autres limites, celle de l’espace fini de notre planète et de nos pertes de valeurs.

D’une certaine façon, la prise de conscience est là. On parle aujourd’hui de « croissance verte ». Terme habile et surtout bien utile : modifions nos modes de production, et rassurons-nous, nos modes de vie n’en seraient que peu affectés ! Voilà qu’à l’horizon, une nouvelle impasse se profile : celle qui consiste à croire que l’on pourra continuer de vivre comme avant, sans limites, pourvu que le « vert » s’adjective à nos bonnes vieilles habitudes. Croître pour croître, dans l’illusion de l’illimitation, voilà pourtant ce qui continue de forger, depuis des décennies, l’imaginaire de notre société.

LA PHILOSOPHIE DE LA MESURE

Élevés dans une culture qui favorise l’illimitation de nos désirs, c’est l’hubris, ou la démesure, le toujours plus. Dans un récent entretien, l’auteur et penseur Pablo Servigne affirmait que « cette attitude relève de comportements adolescents pathologiques [...]. Mais c'est une illusion. Être adulte, c’est d’abord apprendre à se limiter. » Ce que le philosophe André Gorz nommait notre « toxico-dépendance de la consommation », d’autres y préfèrent le terme d'adaptation hédonique, ou d’insatisfaction perpétuelle. Qu’importe, les termes sont nombreux pour désigner notre tendance à l’illimitation, à l’illusion d’une croissance infinie. Mais désormais, il est urgent « d’atterrir », pour reprendre l'expression du philosophe Bruno Latour. Car pour être réellement viable, toute société doit avoir des limites.

Alors, le temps serait-il venu de décroître ? Les critiques vont bon train. A t-on vraiment envie de revenir au « modèle Amish »? A t-on envie de subir la récession, la dépression économique ou l’austérité ?
Quant aux oxymores imaginés par les théoriciens de la décroissance : « sobriété heureuse », « abondance frugale » ou « simplicité volontaire »… Des non-sens ! Vraiment ? La sobriété serait-elle nécessairement malheureuse ? Savoir faire la différence entre l’utile et le futile, entre l’usage justifié et le gaspillage, entre l’acquisition et l’accumulation, entre le besoin et l’excès… Pourquoi croît-on ? Pour quel bonheur ou plaisir additionnel ? Pour quels bénéfices personnels ou collectifs ? Peut-être est-il temps que la sobriété devienne une condition libératrice plutôt qu’une contrainte subie. En ce sens, le terme décroissance est volontairement provocateur. Justement, l’idée n’est-elle pas simplement de nous bousculer ? Peut-être qu’avant même d’envisager des mesures économiques ou écologiques, il y a une philosophie à réinventer, basée sur le sens des limites.

UN AUTRE MONDE EST POSSIBLE

En premier lieu, il s’agit donc de changer de valeurs, décoloniser nos imaginaires pour en reconstruire de nouveaux. Mais comment ? La bonne nouvelle, c’est que le monde n’a pas attendu pour faire preuve d’imagination. Plutôt que de beaux discours qui viendraient sommer les individus de changer leur paradigme, ne peut-on pas miser sur les initiatives et les communautés pour inventer de nouveaux récits collectifs plus désirables ? Bon nombre d’initiatives et d’alternatives développent de nouvelles philosophies qui sont porteuses de valeurs « décroissantes » : permaculture, AMAP, énergies alternatives, architecture frugale, mobilité douces, monnaies locales, slow tourisme… ou comment faire l’éloge de la lenteur, de la frugalité et de la bienveillance. Se contenter de faire mieux avec moins, ça fonctionne !

Bref, la liste est longue et inexhaustible ; il existe autant de manières d’être et de faire qui prouvent qu’un autre monde est possible. Un monde plus sobre, mais non moins heureux, où l’épanouissement individuel et collectif se forge avant tout par des liens solidaires, construits avec les autres et l’ensemble du vivant.

Crédit photo : ©Durststrecke


Capture d’écran 2021-06-14 à 10.18.52.png

REGARDS CROISÉS - Rebondir durablement après la crise

BEAUTIFUL MONDAY x FLEUR DE METS : quand une agence événementielle et un traiteur partageant les mêmes valeurs se réunissent autour d’une table après des m...
Lire la suite
Capture d’écran 2021-05-21 à 12.02.40.png

THE E-TEAM : ÉVÉNEMENTIEL, ÉTHIQUE ET ÉCOLOGIE !

Chez Beautiful Monday, nous œuvrons chaque jour à concevoir l’événement responsable : un événement résolument social et environnemental, qui...
Lire la suite
DSC_0736.jpg

#FREESTYLE : « Je slashe, tu slashes, elle slashe ! »

Ils ou elles sont freelances, prestataires, collaborateurs et collaboratrices... Ils ou elles sont aussi talentueux.euses qu'atypiques et décalé.ée.s... Ils ou elles sont #FRE...
Lire la suite
Radicales.png

LES RAD!CALES : VERS UN DESIGN SOUTENABLE

L’urgence climatique impose de passer à l’action, maintenant, collectivement et radicalement. C’est de cette ambition qu’est né en janvier 2020 LES RAD!CALES, un...
Lire la suite
Capture d’écran 2020-11-25 à 12.09.21.png

CROISSANCE, DÉCROISSANCE OU LE SENS DES LIMITES

Croissance ou décroissance ? Plus que jamais, le débat fait rage. Aux objecteurs de la première, il y a le saccage écologique et l’accroissement des inégalités. À ceux de la seconde, il y a la menace...
Lire la suite