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LES RAD!CALES : VERS UN DESIGN SOUTENABLE

L’urgence climatique impose de passer à l’action, maintenant, collectivement et radicalement. C’est de cette ambition qu’est né en janvier 2020 LES RAD!CALES, un collectif engagé à interroger et explorer l’évolution des métiers et des pratiques du design. Discussion avec l’architecte-scénographe Estelle Basalo, membre du collectif.

Après avoir travaillé dans l’univers du théâtre pour des ateliers de décors, puis à son compte en scénographie événementielle (c’est comme ça que nous l’avons connue !) l’architecte-scénographe Estelle Basalo s’est spécialisée depuis cinq ans dans la scénographie d’exposition. En mars 2020, elle a rejoint le collectif LES RAD!CALES. Chez Beautiful Monday, ce petit noyau de designers engagés a éveillé notre intérêt ; Estelle nous raconte tout !

Peux-tu nous parler des RAD!CALES : comment est né le mouvement et en quoi consiste-t-il ?

Estelle Basalo : LES RAD!CALES est un collectif qui est né il y a près d’un an. Il rassemble plusieurs designers d’horizons différents (architectes, paysagistes, designers d’espaces ou de produits, graphistes, illustrateur·rice, concepteur·rice, scénographes, stylistes…) autour de la question de l’évolution de nos métiers face à l’urgence climatique et aux impératifs de justice sociale. Autrement dit, il s’agit de réfléchir ensemble à comment nous, designers, pouvons agir en faveur d’un design plus soutenable, un design radical.

Justement, qu’est-ce que le design radical, et pourquoi ce nom ?

E.B. : Notre vision de la radicalité s’inspire de celle de la philosophe Marie-José Mondzain. Dans son ouvrage Confiscation - Des mots, des images et du temps (Les liens qui libèrent, 2017), elle écrit : « ne faut-il pas rendre au terme « radicalité » sa beauté virulente et son énergie politique ? Tout est fait aujourd’hui pour identifier la radicalité aux gestes les plus meurtriers et aux opinions les plus asservies. La voici réduite à ne désigner que les convictions doctrinales et les stratégies d’endoctrinement. La radicalité, au contraire, fait appel au courage des ruptures constructives et à l’imagination la plus créatrice. La véritable urgence est bien pour nous celle du combat contre la confiscation des mots, celle des images, et du temps. » La radicalité, c’est revenir à la racine, à l'essence. Pour nous designers, il s’agit de revenir à l’essence du design : au service l'humain, responsable et inclusif. Et puis, LES RAD!CALES, cela sous-entend aussi que nous sommes engagés et déterminés à faire le maximum, sans compromis sur nos valeurs qui sont le respect de l’humain et l’envie d’avancer vers un futur plus désirable. Bien sûr, c’est un chemin et nous n’avons pas toutes les solutions. Être radical, c’est aussi un processus d’apprentissage et d’expérimentation permanent.

LES RAD!CALES s’accordent au féminin… Du coup, c’est un collectif composé à 100% de femmes ?

E.B. : Pas du tout ! Quand le mouvement s’est créé, nous étions une majorité de filles, alors nous avons souhaité faire un pied de nez à la règle qui stipule que le masculin l’emporte toujours. Nous étions tous en phase avec l’idée d’être représentatifs de la composition du mouvement, mais le collectif est ouvert à tous et les garçons sont évidemment les bienvenus !

Concrètement, comment travaillez-vous autour de cette notion de design radical ?

E.B. : Le collectif se décline autour de trois axes de travail. Le premier, c’est définir ce qu’est le design radical par la mise en commun de nos connaissances. Nous venons par exemple de mettre en ligne notre site internet (conçu en low-tech !) qui a vocation à regrouper l’ensemble des ressources disponibles. Les second et troisième axes visent à diffuser et mettre en pratique ces connaissances, que ce soit à travers l’organisation de conférences, de workshops, ou bien à travers des projets concrets qui nous permettent de mettre en commun l’ensemble de nos compétences respectives. Nous venons d’ailleurs de lancer un cycle de conférence dont la première édition s’est tenue le 5 novembre dernier autour du design et de la radicalité. La prochaine édition est prévue le 7 janvier 2021 sur le thème du design et du vivant.

Au sein du collectif, vous faites la différence entre éco-conception et design radical. Pourquoi cette distinction ?

E.B. : Pour simplifier la notion d’éco-conception, nous pourrions dire qu’il s’agit d’utiliser des matériaux propres et recyclables. Le design radical va plus loin dans le sens où il réinterroge l’ensemble des processus. Cela inclut le choix des matériaux bien-sûr, mais aussi l’ensemble des étapes d’une commande, du brief jusqu’à la réalisation du produit, ou le démontage d’un événement par exemple. Avec le design radical, nous préférons viser plus loin. Par exemple, lors de workshops organisés avec des étudiant·es, plutôt que réfléchir à la fabrication d’un produit, nous réfléchissons collectivement à la finalité de ce produit, aux besoins et aux envies des personnes auxquelles il est destiné. Et si, au final, nous en concluons que nous ne préférons rien fabriquer, parce que ça existe déjà ou ce n’est pas soutenable, et bien nous ne fabriquons rien. C’est aussi ça, la radicalité.

Comment cela peut-il s’appliquer sur un événement ?

E.B. : Il s’agit de réfléchir en premier lieu à la programmation de l’événement : l’événement est-il ponctuel ou récurrent, cible-ton un public local ou global… Puis viennent les questions logistiques et de production : comment organise-t-on le transport, quels fournisseurs choisit-on, quels choix de fabrication fait-on pour faciliter le recyclage, quels choix de lumières, comment pense-t-on le bien-être des équipes en matière de santé et de sécurité… La liste n’est pas exhaustive, mais il s’agit de se poser les bonnes questions sur l’ensemble du processus d’organisation de l’événement.

Comment se concrétise le design radical au quotidien dans vos métiers ?

E.B. : Au jour le jour, c’est un processus qui est beaucoup plus long et qui dépend de l’échelle des projets. Bien souvent, dans nos métiers, nous devons répondre à des appels d’offres et cela peut représenter un frein à la mise en place de systèmes écologiques et soutenables. Ces appels d’offres sont en effet déjà pensés et rédigés, sans consultation au préalable, de telle sorte qu’il est souvent difficile d’intégrer des dimensions écologiques sans passer à côté de la demande initiale. Je prends un exemple tout simple : une scénographie en couleurs nécessitera probablement l’utilisation de moquette ou de peinture. D’un point de vue écologique, ce n’est vraiment pas l’idéal. Mais si la demande n’est pas prise en compte, le projet est perdu. Généralement, nous essayons de répondre aux appels d’offres sans remettre en question la demande, et s’il est gagné, nous faisons ensuite le maximum de pédagogie pour faire évoluer les habitudes.

Pour finir, peux-tu nous dire ce qui t’a motivée à rejoindre le collectif ?

E.B. : J’apprécie vraiment l’état d’esprit de partage et de bienveillance qui sous-tend le collectif et qui nous permet concrétiser nos idées et réfléchir ensemble aux problématiques auxquelles nous devons faire face au quotidien. Aujourd’hui, je ne peux pas dire que je suis 100% radicale car c’est un processus ; mais l’objectif est avant tout de se poser les bonnes questions, d’aller dans le bon sens, petits pas par petits pas, pour faire bouger les lignes.

Merci Estelle !

Pour en savoir plus sur le collectif LES RAD!CALES, c’est par ici !


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